
Source : www.brazzaville-adiac.com/...
Un centre de documentation et d'archives de la culture téké se construit à Mbé.
Les Dépêches de Brazzaville : Comment est né ce projet à Mbé et quels en sont les acteurs ?
Eugénie Opou : La confédération générale téké est porteuse de ce projet. Nous sommes une association de loi 1901, qui a pour but de mener des projets au Congo-Brazzaville et particulièrement dans les villages. Nous avons observé que depuis les guerres civiles de 1997, il manquait un lieu de mémoire qui rassemblerait également les enfants. Au départ, nous pensions à une petite bibliothèque. Puis, en travaillant sur mes livres*, en étudiant le terrain, j'ai pris conscience qu'il fallait un projet beaucoup plus ambitieux qui intégrerait les archives du royaume. Avec la Confédération générale téké, nous avons étudié les partenariats possibles. Ce projet est donc celui d'une rencontre avec Bibliothèques sans frontières et Jérémy Lachal, qui s'est montré très enthousiaste.
En quoi consiste ce projet exactement ?
Il s'agit de construire un centre de documentation et d'archives à Mbé, la capitale historique du royaume. Chargée d'histoire et de culture, la ville des rois n'abrite aucun centre d'information et de documentation sur l'histoire du royaume. Les archives tékés se détériorent dans des valises et les enfants du village n'ont pas accès, dans leurs parcours scolaires, aux livres. C'est dans ce contexte que les villageois ont souhaité investir une case royale pour mettre sur pied ce centre de documentation et d'archives susceptible d'accueillir à la fois un fonds d'archives et de documents sur l'histoire téké et un centre de documentation pour préparer le futur des enfants de Mbé.

Qu'entendez-vous par préparer le futur des enfants de Mbé ?
Très généralement, ce projet vise à pérenniser les valeurs culturelles à travers la tradition écrite. Aujourd'hui, nous devons voir plus loin, apporter aux générations futures la notion de diversité, de pluralité. Ce centre n'intéresse pas seulement les Congolais mais tout le monde. Demain, on découvrira une partie de notre civilisation que nous avons perdue. Nous ne formons qu'une civilisation, universelle, mais elle est composée de civilisations connues et d'autres moins connues. Le royaume téké est riche en apports culturels, il faut donc mettre des espaces à la disposition des gens pour qu'ils puissent aller à la découverte de ces civilisations. Il y a urgence à intervenir sans quoi ces traditions disparaîtront. Notamment parce que ce sont des traditions orales, ou manuscrites, à travers les symboles.
De quoi sera constitué ce fonds ?
Nous avons récupéré des ouvrages avec Bibliothèques sans frontières qui est organisé pour cela. Cet organisme travaille en France avec des imprimeries, des librairies, des archivistes. Il faut savoir que les pièces écrites les plus anciennes remontent à l'époque de De Brazza, aux alentours de 1892. Elles sont à Aix-en-Provence dans le Sud de la France. Mais nous savons aussi que des personnes au Congo ont des archives.
Les travaux de réhabilitation de la case royale ont démarré à l'été 2009. Avec quels financements ?
Je voudrais signaler tout d'abord que nous avons gagné en 2007 le label « co-développement de la ville de Paris ». C'est très important car ce label rend le projet crédible. La mairie de Paris nous a également versé une subvention de 12 000 euros. Ensuite, le Conseil général de l'Essonne a rejoint le projet en apportant un budget de 45 000 euros répartis sur trois ans. Le musée du Quai Branly a trouvé cette initiative très intéressante et nous a proposé des copies de pièces anciennes tékés pour venir compléter notre fonds. Depuis, la fondation Terre plurielle et Bouygues ont apporté leur appui ainsi que la Confédération générale téké, elle-même, le ministère congolais de la Culture, la Fondation Tamaas, la fondation Gamaba, etc.
A quel état d'avancement en êtes-vous aujourd'hui ?
Le bâtiment a été consolidé, la toiture refaite. Maintenant, il s'agit de finaliser les travaux intérieurs, étendre le bâtiment, l'électrifier et poursuivre la collecte des archives. Pour cette tranche de travaux, nous lançons un appel aux mécènes. Nous sollicitons le soutien de tous ceux qui pensent comme nous que nous avons le devoir de pérenniser nos valeurs. L'histoire de la France a rencontré l'histoire du Congo. Il faut mettre en commun ces traditions orales et écrites pour apporter des éléments de réflexion à notre jeunesse qui leur permettra de se constituer leur propre histoire.
* Le Royaumé Téké en 2005 et La Reine Ngalifourou en 2007 édités chez l'Harmattan.
En savoir plus : eugenieopou@aol.com, www.bibliosansfrontieres.org
Propos recueillis par Bénédicte de Capèle
Photo : Case royale Mbé
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