
Source : www.afriquejet.com
Sénégal - La veuve de feu l'historien Cheikh Anta Diop, Louise Marie Maes Diop, a plaidé mardi (28 juillet 2009, ndlr) à Dakar, au cours d'une contribution dans le cadre du symposium sur les Etats-Unis d'Afrique, pour l'intégration des langues africaines dans les programmes d'enseignement du cycle secondaire.
Dans une communication intitulée : "Langues et enseignement. Quelques mesures fondamentales à prendre sans lesquelles la Renaissance africaine ne pourra se produire", Mme Diop a relevé que le fait que dans les anciennes colonies françaises, en général, l'enseignement soit dispensé exclusivement en français, "engendre de graves effets pervers".
"L'enfant entre dans le cycle primaire avec un retard de six années de compétence linguistique très difficiles à rattraper. Le jeune élève comprend donc moins vite, souvent mal ou même pas du tout. Aussi, les taux de redoublement et d'abandon sont-ils très élevés", a expliqué Mme Diop, ajoutant que "du point de vue social, une coupure profonde se crée non seulement entre l'enfant et sa famille, mais entre les citoyens instruits en français (une minorité) et tous les autres (y compris les alphabétisés dans leur langue maternelle), enfermés dans un savoir fonctionnel très sommaire et inextensible".
"Au plan politico-administratif, les cadres sont séparés du peuple et il n'y a pas de démocratie possible, donc pas de bonne gouvernance", a-t-elle soutenu.
"Dans le domaine économique, la rentabilité de l'enseignement est faible, et d'immenses gisements d'intelligence et d'invention sont perdus. Et la place exclusive du français contribue à amplifier la fuite des cerveaux. En Europe, c'est seulement au 16ème siècle, quandlangues parlées par les habitants ont été utilisées par l'intelligentsia à côté du latin, que ce continent a acquis son dynamisme économique et social et développé des techniques nouvelles", a-t-elle poursuivi.
Donnant l'exemple de la Finlande, longtemps colonisée par la Suède, qui s'est développée rapidement après avoir introduit sa langue dans l'enseignement et l'administration, Mme Diop a indiqué qu'il ne peut en être autrement pour l'Afrique.
Selon elle, il est bien possible d'introduire la langue maternelle dans l'enseignement dès la 6ème et de créer ainsi, à côté du français, un bilinguisme, notamment pour les matières scientifiques, techniques et entrepreneuriales.
Ensuite, dès la 5ème, les élèves pourraient intégrer le swahili, reconnu par l'Union africaine comme langue intra-africaine de communication.
"Ce qui impliquerait que les pays de l'Afrique de l'Est envoient des enseignants de cette langue dans les autres pays du continent", a proposé Louise Marie Maes Diop.
On rappelle que le symposium sur les Etats-Unis d'Afrique, organisé par l'université Cheikh Anta Diop de Dakar et le ministère sénégalais des Affaires étrangères, rassemble jusqu'au 30 juillet dans la capitale sénégalaise, près de 300 universitaires, chercheurs et intellectuels d'Afrique et de la Diaspora, ainsi que des décideurs politiques afin de réfléchir sur le fédéralisme en Afrique.
Dakar - 28/07/2009
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