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Auteur de trois livres : « Le Royaume Téké », « La reine Ngalifourou » et « Sa Mana au croisement des bourreaux », Eugénie opou, qui réside en France, bouillonne d'une passion : éclairer le chemin de ceux qui le voudront sur l'histoire du Congo son pays, une histoire entremêlée à celle du royaume téké. Elle répond aux questions des Dépêches de Brazzaville.
Les Dépêches de Brazzaville : Qu'est ce qui vous amène au Congo ?
Eugénie opou : Outre le fait que je suis auteur écrivain, je suis responsable associatif et milite dans plusieurs associations que je dirige à savoir la Confédération générale téké, Afrique autrement et Charme et élégance noire pour ne citer que celles-là . Avec la Confédération générale téké on a mis en place un projet pour essayer d'apporter de l'eau potable à la population dans le village de Mbé. Je suis venue ici une dizaine de jours avec le représentant de l'ONG Agir ABCD qui a accepté d'appuyer notre projet et de faire une reconnaissance du terrain. Nous attendons de voir la faisabilité du projet.
D.B. : Etes-vous d'origine Téké ?
E.O. : Je suis de nationalité congolaise. Téké est un peuple. Je n'aimerais pas prendre les Tékés comme une ethnie à part parce que le peuple congolais demeure un et indivisible. Je considère les Congolais comme une famille et le peuple téké fait partie ce peuple. L'histoire du Congo que je connais bien est liée à la rencontre entre Pierre Savorgnan de Brazza et le roi Ilô. D'où l'importance du royaume téké qui a fait que la capitale congolaise porte le nom de cet explorateur français d'origine italienne. C'est toute une histoire qui a commencé avec le royaume téké, un royaume incontournable pour quiconque veut connaître l'histoire du Congo. Nous ne pouvons avancer sans savoir cette histoire parce que ceux qui l'ont écrit avant nous disent toujours que celui qui ne sait pas d'où il vient, ne sait pas non plus où il va. C'est dire qu'il nous faut savoir d'où nous venons et pouvoir de la sorte saisir notre espoir, notre mémoire.
D.B. : Pourquoi vous appesantissez-vous dans vos écrits sur l'histoire du Congo ?
E.O. : Lumumba disait que l'histoire de l'Afrique sera écrite par les Africains eux-mêmes. Elle ne devra pas être écrite par d'autres ailleurs qui, eux, écrivent avec leur vision des choses et souvent une vision erronée alors que nous, nous l'écrivons avec cette vérité que nous savons. Et, ne peut connaître cette vérité que celui qui l'a vue. Ayant vécu notre histoire, c'est à nous de pouvoir écrire notre mémoire. C'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à écrire le livre sur le royaume téké.
D.B. : Qu'est ce qui a présidé à la rédaction de Sa Mana au croisement des bourreaux et de la Reine Ngalifourou ?
E.O. : En tant que responsable associatif, j'aide beaucoup des jeunes et d'autres qui arrivent en France et rencontrent de sérieuses difficultés. Il m'est arrivé de résoudre bon nombre de problèmes liés à l'esclavage moderne. Ce qui a martelé ma conscience. C'est pour dénoncer cet esclavage moderne que ce livre apportant des témoignages vivants a été écrit. Par ailleurs, c'est pour soigner l'image de la femme africaine que le livre sur la reine Ngalifourou a été écrit. En effet, quand on parle de cette femme africaine, on la présente souvent comme une femme soumise alors qu'en réalité ce n'est pas toujours le cas. Notre terre a été gérée par les femmes. L'histoire des royaumes en Afrique évoque longuement la place qu'elles ont occupée dans le passé. C'est le cas du royaume téké qui a été géré par la reine Ngalifourou pendant plus de cinquante ans. Elle a marqué notre histoire, celle du Congo Brazzaville. C'est une femme qui s'est battue. Elle mérite notre estime et il fallait qu'elle soit plébiscitée. Voici la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre.
D.B. : Vous vous intéressez aussi à la poésie ?
E.O. : En effet, je m'intéresse depuis quelques temps à la poésie. J'ai écrit un recueil de poèmes par thèmes et je me suis rendue compte qu'avec cette forme littéraire on peut dire beaucoup de choses en quelques mots. J'ai écrit, entre autres, sur l'esclavage moderne, l'immigration, les tirailleurs africains... C'est à travers mes œuvres poétiques que j'ai reçu le prix littéraire qui est le prix international Naji-Naanan.
D.B. : Avez-vous une idée sur l'impact que vos livres ont eu à l'étranger et dans votre propre pays ?
E.O. : J'ai été comblée quand j'ai eu le témoignage des jeunes qui sont l'avenir du pays. Des jeunes qui m'ont dit avoir reçu par ces écrits quelque chose qui leur manquait. Que ce soit en France ou au Congo, lorsqu'on n'apporte pas aux jeunes leur histoire, on en fait des gens déracinés. Les jeunes manquent de repères. Il faut savoir donner des repères aux gens sans quoi ils les prennent là où ils les trouvent. Nous devons donner à ces jeunes les repères de nos traditions, de nos coutumes africaines.
D.B. : Un mot pour conclure ?
E.O. : Nous avons besoin de paix pour notre pays que nous avons à cœur de construire. Nous avons également besoin de notre histoire pour avancer. Alors saisissons notre mémoire et travaillons pour notre pays. Quand on construit quelque chose il faut toujours avoir une base. Lisons Le royaume téké qui est le socle de cette histoire et construisons l'avenir.
Propos recueillis par Nestor N'Gampoula.